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Rencontres économiques des Métiers d’art (REMA) 



Ce qu’il faut retenirLes métiers d’art : patrimoine vivant et créateur de richesse Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, rappelle que les métiers d’art ne sauraient être réduits à de simples héritages du passé. Ils constituent au contraire une « richesse et une chance unique pour notre pays », en ce qu’ils « conjuguent tradition et modernité, créent de la valeur, de l’emploi et du sens ». Afin d’en garantir la pérennité, il identifie trois enjeux majeurs : le positionnement face à la concurrence internationale, l’attractivité de ces métiers auprès des jeunes générations pour assurer la transmission des savoir-faire, et l’organisation d’une offre de formation structurée, ancrée dans les territoires. Le ministre souligne par ailleurs que « l’économique, évidemment, ne s’oppose pas du tout au culturel, au contraire », rappelant que le soutien apporté à 55 projets de restauration a permis de générer plus de 7 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il met également en avant la reconnaissance institutionnelle de ces filières, incarnée par près de 1300 entreprises aujourd’hui labellisées « Entreprise du patrimoine vivant ». Enfin, il affirme que la conclusion de la stratégie nationale actuelle ne marque nullement un aboutissement : « Ce n’est pas une fin, c’est une étape, un jalon, une base solide pour aller plus loin. »

L’excellence française entre tradition et compétitivité
Les métiers d’art ne relèvent ni de la nostalgie ni du seul patrimoine : ils constituent un « actif stratégique pour l’économie française ». Olivia Grégoire, ancienne ministre et députée, rappelle que ces savoir-faire uniques suscitent une reconnaissance internationale forte : « Même la puissance chinoise nous les envie. » Portée conjointement par Bercy et le ministère de la Culture, la stratégie nationale lancée en 2023 marque une rupture institutionnelle majeure, accompagnée de plus de 300 millions d’euros mobilisés pour soutenir, protéger et faire rayonner ces métiers. Les chiffres présentés par Bénédicte Epinay, déléguée générale du Comité Colbert, confirment le poids économique du secteur : les métiers d’art représentent 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires et concernent 500 000 actifs, dont 280 000 salariés, majoritairement au sein de PME. Ce secteur, profondément hétérogène, partage toutefois une même fragilité : celle de la transmission. Elle rappelle que « 37 % des salariés ont plus de 55 ans », alors même que nombre de métiers sont confrontés à l’absence de formations adaptées. Comme le souligne Hervé Lemoine, président des Manufactures nationales, « plus de la moitié de ces métiers n’ont plus d’enseignement initial », faisant peser un risque réel de disparition de savoir-faire. Pour maintenir ce « terreau d’une richesse extraordinaire », les Manufactures nationales mettent en place des solutions concrètes comme une « matériauthèque éco-responsable » en accès libre pour aider les artisans à trouver des alternatives aux produits polluants interdits par les nouvelles réglementations. Anne-Laure Blin, députée et présidente du groupe d’études commerces, artisanat et métiers d’art, insiste sur le rôle fondamental de ces artisans souvent isolés, implantés « au détour d’un chemin de campagne », qui entretiennent le patrimoine et font vivre l’économie locale. Pour elle, la réponse n’est pas normative mais repose sur la confiance : « On n’a pas besoin d’argent […], on a simplement besoin de rendre la compétitivité à des gens qui savent faire. » Cette compétitivité passe aussi par une meilleure structuration collective. Olivia Grégoire plaide pour une logique de coopération et d’exportation commune : « Chasser en meute à l’export », à l’image des stratégies italiennes, afin de dépasser la fragmentation des savoir-faire et renforcer leur visibilité internationale.Perception et attractivité des métiers d’art : les enseignements de l’étude Ipsos – ISFF

« Ces métiers ont une image d’excellence qui est fortement enracinée dans la population. » Pour Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsosles résultats de cette enquête menée auprès de 5000 personnes sont exceptionnels : les métiers d’art et de savoir-faire recueillent 97 % d’opinions positives. Il souligne que cette image est portée par deux piliers majeurs : le patrimoine, perçu comme un repère fondamental pour les Français, et « la palette de qualités ou de sensations qui y sont associées ». L’étude révèle toutefois un paradoxe profond : si 71 % des Français recommanderaient cette voie, le secteur souffre d’un déficit de notoriété majeur. En effet, seulement 35 % des citoyens déclarent bien connaître ces métiers, et « 65 % ignorent l’existence de formations à proximité de chez eux ». De plus, l’attractivité est freinée par des stéréotypes persistants : 74 % jugent ces métiers physiquement difficiles et 53 % les considèrent comme « réservés à une élite ou difficilement accessibles ». Enfin, Brice Teinturier conclut sur la nécessité d’intégrer davantage ces disciplines dans l’orientation scolaire. Seulement 48 % des 14-25 ans se déclarent potentiellement intéressés par ces métiers comme voie professionnelle, car « perçus comme nécessitant un talent particulier », et 23 % estiment qu’il n’y a « pas assez de débouchés ou que les revenus ne sont pas assez élevés ». Lorsqu’on leur demande quelles actions seraient les plus efficaces pour améliorer cette situation, trois priorités émergent : renforcer la place de ces métiers dans l’orientation, multiplier les rencontres entre les jeunes et les professionnels, et proposer davantage de stages.

Transformer l’image d’excellence en réalités professionnelles
Pour Marion Bardet, directrice des métiers d’excellence de LVMH, il est impératif de « provoquer la rencontre » pour lever les freins identifiés par l’étude, notamment l’idée reçue qu’un talent inné ainsi que de longues études seraient indispensables. Elle explique que le groupe mobilise des dispositifs concrets, comme l’Institut des Métiers d’Excellence qui forme à 53 métiers, pour montrer aux jeunes que ces carrières s’apprennent et offrent un réel épanouissement. Elle met en avant l’importance d’incarner ces professions : « D’un seul coup, les yeux brillent et des mondes professionnels qui leur étaient inconnus s’ouvrent à eux. » Cette démarche vise à réhabiliter le travail manuel, souvent dévalorisé par des évolutions sociétales, en replaçant le geste au cœur de l’éducation. En écho, Luc Lesénécal, président de l’Institut pour les Savoir-Faire Français, rappelle que la France doit fonder sa compétitivité sur la qualité plutôt que sur le prix : « À défaut d’être les moins chers, il faut qu’on soit les meilleurs. » Il insiste sur la nécessité de briser les « idées reçues » concernant le niveau d’études, rappelant qu’un Français sur deux ignore que la plupart des formations sont accessibles via des CAP ou BAC pro. Pour lui, l’avenir repose sur une volonté politique et une coordination territoriale forte, notamment à travers des antennes régionales et le développement de l’export. Il conclut en affirmant que ces métiers redonnent du sens à la vie professionnelle, à condition de savoir « faire rêver » les nouvelles générations en ouvrant largement les portes des ateliers.

Réenchanter les métiers d’art auprès de la jeunesse
La difficulté à susciter des vocations dans les métiers d’art est réelle, alors même que ces métiers portent des savoir-faire essentiels à la transmission culturelle. Hubert Barrère, directeur artistique de Lesage – Maison résidente du 19M, insiste sur l’importance de l’expérience directe pour révéler des sensibilités souvent invisibles dans les parcours scolaires classiques : « Il faut que les gens puissent connaître ces métiers et tâter le terrain. » Selon lui, la pratique permet à certains jeunes de découvrir une relation au geste et au temps qu’ils n’avaient jamais expérimentée. Cette relation passe également par le rapport à l’objet. Hamdi Chatti, président de Christofle, rappelle que « l’angle d’entrée pour la jeunesse réside dans le produit lui-même ». Le travail autour de la restauration de pièces anciennes met en jeu la compréhension des époques, des techniques et des usages, tout en soulignant que la maîtrise du geste est indispensable pour intervenir sur des objets parfois fabriqués il y a plusieurs décennies. Cette approche permet de relier transmission, technicité et continuité historique. Mais tous soulignent que le système éducatif actuel ne facilite pas cette rencontre. Gabrielle Légeret, directrice générale de De l’or dans les mains, décrit un système scolaire « rouleau compresseur » qui valorise avant tout l’intelligence académique et laisse peu de place à la singularité. Elle souligne que « la pratique manuelle permet de susciter des vocations, mais aussi d’impulser une éducation à la matérialité », en reconnectant les élèves à la fabrication, à la matière et à une autre forme de concentration et de confiance. Annick Billon, sénatrice et présidente du groupe d’études métiers d’art, appuie sur la responsabilité de la puissance publique dans l’orientation et l’accompagnement des jeunes. Elle alerte sur une culture de la réussite immédiate qui laisse peu de place aux détours et aux réorientations, alors que l’échec « peut parfois être l’occasion de rebondir vers quelque chose de meilleur pour aller plus loin ». À l’échelle européenne, Alberto Cavalli, directeur exécutif de la Michelangelo Foundation, met en avant la nécessité de lever les freins liés à la peur et à l’ignorance. Il appelle à « aider les jeunes personnes à ne pas avoir peur, à être un peu plus audacieux », en leur donnant accès aux ateliers, mais aussi à des outils de compréhension économique et juridique, souvent absents des formations initiales. Il rappelle que l’enjeu n’oppose pas métiers d’art et technologie, mais connaissance et ignorance, citant Abraham Lincoln : « If you think education is expensive, try ignorance. »

La formation comme levier stratégique 
La formation aux métiers d’art s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique alliant transmission du geste, développement économique et ancrage territorial. Armelle Weisman, directrice du Campus Versailles, estime que « l’excellence repose avant tout sur la capacité à s’estimer soi-même et à comprendre la complexité du monde économique et écologique ». Elle rappelle que l’excellence n’est pas excluante : « On peut être excellent à plusieurs, ensemble, et c’est là la promesse. » Isabelle Faggianelli, SVP, global corporate social responsibility de Louis Vuitton, décrit l’excellence comme un parcours, un « temps long et une exigence de minutie, de précision, de maîtrise des gestes ». Pour elle,  former n’est pas seulement enseigner un savoir-faire, « c’est transmettre une culture et une histoire », éveiller la curiosité et développer le sens de la responsabilité. Elle souligne que l’excellence ne se limite pas à la technicité mais demande de combiner rigueur, créativité et compréhension des enjeux sociaux et économiques, tout en inscrivant chaque geste dans une logique plus large et durable. Ce concept d’excellence est questionné par Emmanuel Tibloux, directeur de l’École des Arts décoratifs – PSL et Campus Mode, Métiers d’Art & Design, qui refuse son usage comme un dogme unique, lui préférant « un monothéisme trinitaire, celui de l’exception, de la perfection et de l’excellence ». Il s’agit de valoriser les talents individuels tout en accompagnant ceux qui ne sont pas encore excellents, afin que l’excellence bénéficie à tous et soit à la fois technique, singulière et partagée. Inès Mesmar, directrice générale de La Fabrique NOMADE, complète cette vision en rappelant que l’excellence résonne toujours avec la résilience, car « c’est l’adaptabilité, c’est l’ouverture, c’est remettre en question ce qu’on sait déjà faire et le faire autrement, apprendre différemment ». Exceller ne se limite pas à la technique  : il s’agit de communiquer, transmettre et créer du lien, en mettant son savoir-faire au service de valeurs collectives. Aude Augais, directrice générale d’Artisans d’Avenir, rappelle  également que : « 80 % des entreprises en France sont unipersonnelles dans les métiers d’art, parmi lesquelles 80 % n’arrivent pas à vivre de leur métier. » Elle insiste sur la nécessité de structurer les savoir-faire et de créer des réseaux solidaires, permettant de rompre l’isolement, mutualiser les ressources et générer des opportunités collectives.

Transmettre le geste, le talent et la passion
« Les métiers d’art font partie du patrimoine économique et culturel de notre pays et jouent un rôle majeur dans son rayonnement international », a rappelé Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, insistant sur le talent, la précision des gestes et la richesse des savoir-faire qui définissent ces métiers et en font des activités uniques et durables. Pour le ministre, son développement repose sur un triptyque essentiel : l’entreprise comme source de l’emploi, l’ancrage territorial et la transmission de savoir-faire d’exception. Il prône une défense ferme de la « Maison France », appelant à une « préférence européenne » pour faire bloc face à la compétition. L’avenir du secteur dépend aussi d’un enjeu démographique : 25 % des artisans partiront à la retraite d’ici 2030. Le ministre place la jeunesse au cœur de ses priorités, incitant les professionnels à aller à leur rencontre pour susciter des vocations. Il réaffirme son soutien à l’apprentissage, qu’il considère comme une « voie plus efficace que la voie classique pour trouver un emploi ». Nous avons donc une responsabilité collective  : faire vivre ce patrimoine de compétences avec tous ces enjeux économiques.

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Rencontres économiques des Métiers d’art (REMA) 

Ce qu’il faut retenirLes métiers d’art : patrimoine vivant et créateur de richesse Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, rappelle que les métiers d’art ne sauraient être réduits à de simples héritages du passé. Ils constituent au contraire une « richesse et une chance […]

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Ce qu’il faut retenirLes métiers d’art : patrimoine vivant et créateur de richesse Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, rappelle que les métiers d’art ne sauraient être réduits à de simples héritages du passé. Ils constituent au contraire une « richesse et une chance unique pour notre pays », en ce qu’ils « conjuguent tradition et modernité, créent de la valeur, de l’emploi et du sens ». Afin d’en garantir la pérennité, il identifie trois enjeux majeurs : le positionnement face à la concurrence internationale, l’attractivité de ces métiers auprès des jeunes générations pour assurer la transmission des savoir-faire, et l’organisation d’une offre de formation structurée, ancrée dans les territoires. Le ministre souligne par ailleurs que « l’économique, évidemment, ne s’oppose pas du tout au culturel, au contraire », rappelant que le soutien apporté à 55 projets de restauration a permis de générer plus de 7 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il met également en avant la reconnaissance institutionnelle de ces filières, incarnée par près de 1300 entreprises aujourd’hui labellisées « Entreprise du patrimoine vivant ». Enfin, il affirme que la conclusion de la stratégie nationale actuelle ne marque nullement un aboutissement : « Ce n’est pas une fin, c’est une étape, un jalon, une base solide pour aller plus loin. »

L’excellence française entre tradition et compétitivité
Les métiers d’art ne relèvent ni de la nostalgie ni du seul patrimoine : ils constituent un « actif stratégique pour l’économie française ». Olivia Grégoire, ancienne ministre et députée, rappelle que ces savoir-faire uniques suscitent une reconnaissance internationale forte : « Même la puissance chinoise nous les envie. » Portée conjointement par Bercy et le ministère de la Culture, la stratégie nationale lancée en 2023 marque une rupture institutionnelle majeure, accompagnée de plus de 300 millions d’euros mobilisés pour soutenir, protéger et faire rayonner ces métiers. Les chiffres présentés par Bénédicte Epinay, déléguée générale du Comité Colbert, confirment le poids économique du secteur : les métiers d’art représentent 68 milliards d’euros de chiffre d’affaires et concernent 500 000 actifs, dont 280 000 salariés, majoritairement au sein de PME. Ce secteur, profondément hétérogène, partage toutefois une même fragilité : celle de la transmission. Elle rappelle que « 37 % des salariés ont plus de 55 ans », alors même que nombre de métiers sont confrontés à l’absence de formations adaptées. Comme le souligne Hervé Lemoine, président des Manufactures nationales, « plus de la moitié de ces métiers n’ont plus d’enseignement initial », faisant peser un risque réel de disparition de savoir-faire. Pour maintenir ce « terreau d’une richesse extraordinaire », les Manufactures nationales mettent en place des solutions concrètes comme une « matériauthèque éco-responsable » en accès libre pour aider les artisans à trouver des alternatives aux produits polluants interdits par les nouvelles réglementations. Anne-Laure Blin, députée et présidente du groupe d’études commerces, artisanat et métiers d’art, insiste sur le rôle fondamental de ces artisans souvent isolés, implantés « au détour d’un chemin de campagne », qui entretiennent le patrimoine et font vivre l’économie locale. Pour elle, la réponse n’est pas normative mais repose sur la confiance : « On n’a pas besoin d’argent […], on a simplement besoin de rendre la compétitivité à des gens qui savent faire. » Cette compétitivité passe aussi par une meilleure structuration collective. Olivia Grégoire plaide pour une logique de coopération et d’exportation commune : « Chasser en meute à l’export », à l’image des stratégies italiennes, afin de dépasser la fragmentation des savoir-faire et renforcer leur visibilité internationale.Perception et attractivité des métiers d’art : les enseignements de l’étude Ipsos – ISFF

« Ces métiers ont une image d’excellence qui est fortement enracinée dans la population. » Pour Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsosles résultats de cette enquête menée auprès de 5000 personnes sont exceptionnels : les métiers d’art et de savoir-faire recueillent 97 % d’opinions positives. Il souligne que cette image est portée par deux piliers majeurs : le patrimoine, perçu comme un repère fondamental pour les Français, et « la palette de qualités ou de sensations qui y sont associées ». L’étude révèle toutefois un paradoxe profond : si 71 % des Français recommanderaient cette voie, le secteur souffre d’un déficit de notoriété majeur. En effet, seulement 35 % des citoyens déclarent bien connaître ces métiers, et « 65 % ignorent l’existence de formations à proximité de chez eux ». De plus, l’attractivité est freinée par des stéréotypes persistants : 74 % jugent ces métiers physiquement difficiles et 53 % les considèrent comme « réservés à une élite ou difficilement accessibles ». Enfin, Brice Teinturier conclut sur la nécessité d’intégrer davantage ces disciplines dans l’orientation scolaire. Seulement 48 % des 14-25 ans se déclarent potentiellement intéressés par ces métiers comme voie professionnelle, car « perçus comme nécessitant un talent particulier », et 23 % estiment qu’il n’y a « pas assez de débouchés ou que les revenus ne sont pas assez élevés ». Lorsqu’on leur demande quelles actions seraient les plus efficaces pour améliorer cette situation, trois priorités émergent : renforcer la place de ces métiers dans l’orientation, multiplier les rencontres entre les jeunes et les professionnels, et proposer davantage de stages.

Transformer l’image d’excellence en réalités professionnelles
Pour Marion Bardet, directrice des métiers d’excellence de LVMH, il est impératif de « provoquer la rencontre » pour lever les freins identifiés par l’étude, notamment l’idée reçue qu’un talent inné ainsi que de longues études seraient indispensables. Elle explique que le groupe mobilise des dispositifs concrets, comme l’Institut des Métiers d’Excellence qui forme à 53 métiers, pour montrer aux jeunes que ces carrières s’apprennent et offrent un réel épanouissement. Elle met en avant l’importance d’incarner ces professions : « D’un seul coup, les yeux brillent et des mondes professionnels qui leur étaient inconnus s’ouvrent à eux. » Cette démarche vise à réhabiliter le travail manuel, souvent dévalorisé par des évolutions sociétales, en replaçant le geste au cœur de l’éducation. En écho, Luc Lesénécal, président de l’Institut pour les Savoir-Faire Français, rappelle que la France doit fonder sa compétitivité sur la qualité plutôt que sur le prix : « À défaut d’être les moins chers, il faut qu’on soit les meilleurs. » Il insiste sur la nécessité de briser les « idées reçues » concernant le niveau d’études, rappelant qu’un Français sur deux ignore que la plupart des formations sont accessibles via des CAP ou BAC pro. Pour lui, l’avenir repose sur une volonté politique et une coordination territoriale forte, notamment à travers des antennes régionales et le développement de l’export. Il conclut en affirmant que ces métiers redonnent du sens à la vie professionnelle, à condition de savoir « faire rêver » les nouvelles générations en ouvrant largement les portes des ateliers.

Réenchanter les métiers d’art auprès de la jeunesse
La difficulté à susciter des vocations dans les métiers d’art est réelle, alors même que ces métiers portent des savoir-faire essentiels à la transmission culturelle. Hubert Barrère, directeur artistique de Lesage – Maison résidente du 19M, insiste sur l’importance de l’expérience directe pour révéler des sensibilités souvent invisibles dans les parcours scolaires classiques : « Il faut que les gens puissent connaître ces métiers et tâter le terrain. » Selon lui, la pratique permet à certains jeunes de découvrir une relation au geste et au temps qu’ils n’avaient jamais expérimentée. Cette relation passe également par le rapport à l’objet. Hamdi Chatti, président de Christofle, rappelle que « l’angle d’entrée pour la jeunesse réside dans le produit lui-même ». Le travail autour de la restauration de pièces anciennes met en jeu la compréhension des époques, des techniques et des usages, tout en soulignant que la maîtrise du geste est indispensable pour intervenir sur des objets parfois fabriqués il y a plusieurs décennies. Cette approche permet de relier transmission, technicité et continuité historique. Mais tous soulignent que le système éducatif actuel ne facilite pas cette rencontre. Gabrielle Légeret, directrice générale de De l’or dans les mains, décrit un système scolaire « rouleau compresseur » qui valorise avant tout l’intelligence académique et laisse peu de place à la singularité. Elle souligne que « la pratique manuelle permet de susciter des vocations, mais aussi d’impulser une éducation à la matérialité », en reconnectant les élèves à la fabrication, à la matière et à une autre forme de concentration et de confiance. Annick Billon, sénatrice et présidente du groupe d’études métiers d’art, appuie sur la responsabilité de la puissance publique dans l’orientation et l’accompagnement des jeunes. Elle alerte sur une culture de la réussite immédiate qui laisse peu de place aux détours et aux réorientations, alors que l’échec « peut parfois être l’occasion de rebondir vers quelque chose de meilleur pour aller plus loin ». À l’échelle européenne, Alberto Cavalli, directeur exécutif de la Michelangelo Foundation, met en avant la nécessité de lever les freins liés à la peur et à l’ignorance. Il appelle à « aider les jeunes personnes à ne pas avoir peur, à être un peu plus audacieux », en leur donnant accès aux ateliers, mais aussi à des outils de compréhension économique et juridique, souvent absents des formations initiales. Il rappelle que l’enjeu n’oppose pas métiers d’art et technologie, mais connaissance et ignorance, citant Abraham Lincoln : « If you think education is expensive, try ignorance. »

La formation comme levier stratégique 
La formation aux métiers d’art s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique alliant transmission du geste, développement économique et ancrage territorial. Armelle Weisman, directrice du Campus Versailles, estime que « l’excellence repose avant tout sur la capacité à s’estimer soi-même et à comprendre la complexité du monde économique et écologique ». Elle rappelle que l’excellence n’est pas excluante : « On peut être excellent à plusieurs, ensemble, et c’est là la promesse. » Isabelle Faggianelli, SVP, global corporate social responsibility de Louis Vuitton, décrit l’excellence comme un parcours, un « temps long et une exigence de minutie, de précision, de maîtrise des gestes ». Pour elle,  former n’est pas seulement enseigner un savoir-faire, « c’est transmettre une culture et une histoire », éveiller la curiosité et développer le sens de la responsabilité. Elle souligne que l’excellence ne se limite pas à la technicité mais demande de combiner rigueur, créativité et compréhension des enjeux sociaux et économiques, tout en inscrivant chaque geste dans une logique plus large et durable. Ce concept d’excellence est questionné par Emmanuel Tibloux, directeur de l’École des Arts décoratifs – PSL et Campus Mode, Métiers d’Art & Design, qui refuse son usage comme un dogme unique, lui préférant « un monothéisme trinitaire, celui de l’exception, de la perfection et de l’excellence ». Il s’agit de valoriser les talents individuels tout en accompagnant ceux qui ne sont pas encore excellents, afin que l’excellence bénéficie à tous et soit à la fois technique, singulière et partagée. Inès Mesmar, directrice générale de La Fabrique NOMADE, complète cette vision en rappelant que l’excellence résonne toujours avec la résilience, car « c’est l’adaptabilité, c’est l’ouverture, c’est remettre en question ce qu’on sait déjà faire et le faire autrement, apprendre différemment ». Exceller ne se limite pas à la technique  : il s’agit de communiquer, transmettre et créer du lien, en mettant son savoir-faire au service de valeurs collectives. Aude Augais, directrice générale d’Artisans d’Avenir, rappelle  également que : « 80 % des entreprises en France sont unipersonnelles dans les métiers d’art, parmi lesquelles 80 % n’arrivent pas à vivre de leur métier. » Elle insiste sur la nécessité de structurer les savoir-faire et de créer des réseaux solidaires, permettant de rompre l’isolement, mutualiser les ressources et générer des opportunités collectives.

Transmettre le geste, le talent et la passion
« Les métiers d’art font partie du patrimoine économique et culturel de notre pays et jouent un rôle majeur dans son rayonnement international », a rappelé Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, insistant sur le talent, la précision des gestes et la richesse des savoir-faire qui définissent ces métiers et en font des activités uniques et durables. Pour le ministre, son développement repose sur un triptyque essentiel : l’entreprise comme source de l’emploi, l’ancrage territorial et la transmission de savoir-faire d’exception. Il prône une défense ferme de la « Maison France », appelant à une « préférence européenne » pour faire bloc face à la compétition. L’avenir du secteur dépend aussi d’un enjeu démographique : 25 % des artisans partiront à la retraite d’ici 2030. Le ministre place la jeunesse au cœur de ses priorités, incitant les professionnels à aller à leur rencontre pour susciter des vocations. Il réaffirme son soutien à l’apprentissage, qu’il considère comme une « voie plus efficace que la voie classique pour trouver un emploi ». Nous avons donc une responsabilité collective  : faire vivre ce patrimoine de compétences avec tous ces enjeux économiques.

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